Journées Cinéma 2014

Ecrit le 11 juin 2014

Le programme complet ici et là En proposant une programmation autour du thème « Musique et cinéma », la 19ème édition des Journées Cinéma souhaite croiser deux univers artistiques dont la rencontre est aussi ancienne que le cinéma lui-même et remarquable par la richesse et la diversité des formes qu’elle a emprunté au cours de l’histoire.  Le […]

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VISUEL JCM 2014 VERSO

Le programme complet ici et

En proposant une programmation autour du thème « Musique et cinéma », la 19ème édition des Journées Cinéma souhaite croiser deux univers artistiques dont la rencontre est aussi ancienne que le cinéma lui-même et remarquable par la richesse et la diversité des formes qu’elle a emprunté au cours de l’histoire.

 Le spectacle cinématographique des premiers temps comportait une production musicale qui s’associait à l’art du bonimenteur afin de rameuter le chaland curieux de cette nouvelle attraction. Cet univers sonore se prolongeait jusque dans la salle pour accompagner les images muettes sur l’écran : la musique exécutée est alors souvent improvisée et, pour un même film, elle est donc différente d’une salle à l’autre. Rapidement cependant, un dialogue plus soutenu s’établit entre les deux modes d’expression ; bientôt, certains compositeurs seront associés à la réalisation de films, à l’instar de Camille Saint-Saens sollicité pour L’assassinat du Duc de Guise en 1908. Durant la grande période du cinéma muet, des musiciens se spécialisent dans la création de partitions musicales originales. Elles intègrent parfois une dimension naturaliste : cloche, vent, porte qui claque, etc. – ces réalités, sonores avant d’être visuelles, se font donc entendre au cinéma avant l’avènement du parlant : en témoignent par exemple les partitions de Giuseppe Becce pour les films de Murnau, de Wiene ou de F. Lang ou celles de Edmund Meisel et de Prokofiev pour Eisenstein. Les salles les plus prestigieuses peuvent se doter d’un grand orchestre permanent, tel l’orchestre de Hugo Riesenfeld aux Etats Unis qui sera chargé de la mise en musique de L’Aurore de Murnau en 1927. En France, des collaborations fructueuses témoignent de l’intérêt des artistes pour ce nouveau médium et du foisonnement intellectuel et créatif de l’époque – ainsi A. Gance et A. Honegger ou E. Satie et R. Clair par exemple : l’implication de ces compositeurs au processus de réalisation filmique signale la lente légitimation du cinéma qui laisse derrière lui l’attraction foraine pour se transformer progressivement en septième art : rythme, lyrisme, bruitages – la musique devient partie intégrante du sens du film, de l’émotion et des idées qu’il porte en lui.

L’avènement du cinéma parlant va en partie modifier la place et la fonction de la musique à l’écran au profit d’un travail plus global sur le son et les dialogues. Le cinéma tend à perdre la dimension universelle qui était la sienne au temps du muet ; il se territorialise. Le film joue avec les voix et les accents en tablant sur le charme de la singularité de la langue voire sur ses inflexions dans une région donnée, tendance dont le cinéma de Pagnol pourrait représenter l’un des exemples emblématiques en France. Après guerre, dans l’hexagone, l’enjeu de la diffusion en VO contribue à mettre en valeur les vertus humanistes d’un cinéma ouvert sur le monde et promeut la figure d’un spectateur cosmopolite, curieux d’ailleurs, charmé par la musicalité des langues étrangères et par le timbre inimitable des voix qui se font entendre sur le grand écran.

 Il reste que ces nouveaux enjeux portés par le cinéma parlant n’évincent nullement la place faite à la musique mais la renforcent : dans les années trente et quarante, certaines des figures du spectacle vivant et de la scène musicale sont sollicitées pour incarner un rôle dans les films de fiction : le cabaret, le club de jazz, la salle de concert et les scènes dévolues à la comédie musicale des grandes villes trouvent un prolongement idéal dans la salle de cinéma. Maurice Chevalier, Fernandel ou Bourvil en France, les crooner américains tels D. Martin ou F. Sinatra, E. Presley, feront cette double expérience de la scène et de l’écran, Gershwin incarnant pour sa part le sommet de la comédie musicale et le transfert du Carnegy Hall sur l’écran. Signe de l’importance reconnue à la musique dans les films, dès 1935, la meilleure partition musicale et la meilleure chanson de film sont récompensées par un Oscar. Soulignons aussi la place des emprunts au patrimoine musical, certains s’imposant finalement à ce point qu’ils peuvent difficilement être dissociés du souvenir d’une séquence de film, comme pourrait en témoigner tout spectateur ayant eu l’occasion de découvrir en salle le cinéma de Kubrick ou, en version rock and roll, les BO de Tarentino. Les alliances entre réalisateur et compositeur, telles qu’elles existaient au temps du muet vont se poursuivre avec l’avènement du parlant, les plus célèbres « duos » du cinéma classique restant sans doute E. Morricone et S. Leone, N. Rota et R. Fellini ou B. Hermann et A. Hitchcock. Au-delà, les bandes originales composées par Gershwin aux USA, les chansons et mélodies écrites par M. Legrand ou par G. Delerue en France, plus tard les films musicaux des années soixante-dix, dépassent largement l’œuvre d’un réalisateur pour évoquer un courant et une époque. Sont ainsi définitivement posées les bases d’une culture émergente – celle de la musique de film. Suivront plus tard les compositions cultes de J. Williams, L. Schifrin, J. Barry, et tant d’autres…

Bientôt cultivé pour lui-même, indépendamment de l’expérience spectatorielle dans la salle de cinéma, le goût pour la musique de film sera secondé par l’édition de disques et surtout, plus récemment, par la généralisation d’outils de diffusion et de partage qui permettent de se plonger à la demande dans l’univers d’un film gardé en mémoire. Dès lors, modifiant à la fois la relation cinéphilique qui se construit dans l’obscurité de la salle et celle que le mélomane entretient classiquement à la musique, la musique de film conquiert progressivement son autonomie. Sa puissance évocatrice vient de ce qu’elle suffit à faire renaître le souvenir et les émotions attachées à un film dans la mémoire individuelle, mais elle peut aussi se transformer en objet de culte pour une génération de spectateurs voire en élément du patrimoine collectif : la musique de film peut ainsi dépasser très largement le rayonnement du film lui-même pour exister alors par elle-même.

 

Il ne sera pas possible d’aborder de manière exhaustive l’ensemble des motifs qui ont jalonné cette alliance fructueuse entre musique et cinéma. Cette édition des JCM vous en propose une évocation partielle et plurielle, en partie classique, en partie inattendue. En ouverture, une séance en plein air et en numérique de L’Homme qui en savait trop d’A. Hitchcock (1955) proposé en version restaurée. Et ensuite, après le coup de cymbale, che sarà, sarà ? Eh ! bien, ces « duos » essentiels entre un cinéaste et un réalisateur seront aussi représentée à travers Prova d’orchestra de Fellini (1978), film dans lequel la musique composée par N. Rota devient le sujet même du récit, l’orchestre valant comme métaphore du corps social. Et puis encore, New Orleans d’A. Lubin (1947) : ce film rare témoigne de la présence de deux grandes figures du jazz dans un film de fiction : B. Holliday et L. Armstrong. Cette séance sera précédée par une évocation plus générale des relations entre Jazz et cinéma par Guy Lochard. Cet universitaire ayant fait de la rencontre entre la musique et le cinéma le thème de son travail de recherche devrait combler mélomanes et cinéphiles. Parmi les classiques proposés, notons encore l’un des films majeurs de S. Ray, Le salon de musique (1958), récit tragique et poétique qui évoque avec grâce la fin d’un monde : le salon de musique d’un palais en ruine représente le lieu au sein duquel s’affrontent dans un conflit silencieux de classe et de caste H. B. Roy, propriétaire terrien et mécène Zamindar et M. Ganguly fils d’usurier et parvenu. Ce beau film, découvert en France presque vingt ans après sa sortie, est aujourd’hui restauré, le traitement somptueux du noir et blanc comptant parmi les multiples raisons de ne pas manquer de découvrir ou de revoir ce film essentiel de l’histoire du cinéma.

A côté de ces classiques, le festival vous propose également de voir ou revoir certains films récents – fictions, films documentaires, cinéma d’animation – au sein desquels la musique intervient, soit comme élément scénaristique, soit à travers l’imaginaire singulier qu’elle concourt à élaborer. Dans ce cadre, c’est aussi une invitation au voyage qui vous est faite : l’Egypte, l’Iran, Cuba, le Quebec seront ainsi représentés par exemple, mais aussi l’étrangeté du chant des ondes Martenot dans le documentaire exceptionnel de C. Martel. L’horizon s’élargira encore grâce au tour du monde des traditions musicales présenté par C. Sicre qui viendra en voisin : musicien lui-même, il s’est improvisé documentariste pour l’occasion et son film établit des ponts improbables entre les cultures du monde à travers les pratiques musicales. Parmi ces productions récentes, notons deux films dénichés à Cannes et proposés en avant-première : Tu dors Nicole (S. Lafleur, Quebec) fantaisie sur le thème éternel de l’adolescence et, en clôture du festival, Hope de B. Lojkine grâce auquel quelques images rares de l’Afrique d’aujourd’hui seront projetées sur la façade de l’Ancien Collège de Montauban. Pour le jeune public, en dehors des séances scolaires, un ciné-goûter sera proposé avec la projection du film d’animation Pierre et le loup le mercredi après-midi.

 

Ce festival sera également une occasion de faire une place à la musique vivante : un temps pour la chanson avec Malik et Marcel, une soirée mix aventureuse avec Dale Cooper, une soirée décapante et pleine d’énergie avec Houba qui nous fait l’honneur de venir nous présenter une performance expérimentale en plein-air… il y en aura pour tous les goûts !

 

Enfin et toujours, des rencontres, des retrouvailles, des découvertes et des échanges autour de la buvette du festival et un accueil assuré par une équipe de bénévoles mixant les générations. Les pâtisseries de la Maison Mauranes et la cuisine de Jean-Pierre Chanson – eh ! oui, de la musique encore et toujours – seront dégustées dans la petite cour de l’Ancien Collège, décor éphémère chaque année revisité par Mourad Maalaoui… Cette année enfin, et pour la première fois, seront proposées des projections en numérique grâce au tout nouvel équipement dont nous ne manquerons pas de fêter l’acquisition comme il se doit.

 

Bienvenue donc pour cette nouvelle aventure cinématographique.

Rendez-vous pour l’inauguration qui aura lieu le samedi 28 juin à 18h00.

Bon festival à toutes et à tous !

 

L’équipe Eidos